Les Cambrioleurs

Julie Berès, alors comédienne, crée la compagnie Les Cambrioleurs en 2001. Cette année-là, désireuse d’expérimenter une forme originale d’écriture scénique, elle propose à plusieurs artistes issus de différentes disciplines (interprètes, vidéastes, plasticiens, circassiens, marionnettistes, musiciens) de participer à un atelier commun. En juillet, ils sont quinze à se retrouver en Bourgogne, pendant un mois. Ariel Goldenberg, tout juste nommé directeur du Théâtre National de Chaillot, connaît déjà Julie Berès en tant qu’actrice. Il se propose de faire une halte sur le chemin du Festival d’Avignon afin de découvrir ce nouveau travail en cours. Conquis, il décide de programmer dès l’automne Poudre !, premier spectacle de Julie Berès, pendant trois semaines à Chaillot. Le Théâtre de la Manufacture – Centre Dramatique National de Nancy, dirigé par Charles Tordjman, et la Grande Halle de La Villette se joignent à la production.

Saluées par un bon accueil public et critique, les premières représentations de Poudre ! vont permettre de sceller entre la compagnie de Julie Berès et le directeur du Théâtre National de Chaillot, un partenariat fidèle et précieux, qui facilitera en 2003 et 2004 les créations de Ou le lapin me tuera (dans le cadre de la Biennale Internationale de la Marionnette) et de e muet. Rapidement, les spectacles de la compagnie Les Cambrioleurs éveillent l’intérêt de coproducteurs fidèles, parvenant ainsi à toucher de nombreux spectateurs dans différents cercles de diffusion : scènes nationales, centres dramatiques nationaux, théâtre municipaux, scènes conventionnées, etc.

En 2005, Alain Mollot et Alexandre Krief, co-directeurs du Théâtre Romain Rolland de Villejuif, accueillent Julie Berès comme « artiste en compagnonnage » pour trois ans au Théâtre Romain Rolland de Villejuif. En octobre 2006, la création de On n’est pas seul dans sa peau a lieu à l’Espace des Arts-scène nationale de Chalon-sur-Saône, qui propose d’en assumer la production déléguée. L’année suivante, en 2007, Julie Berès est invitée à devenir « artiste associée » au Quartz-scène nationale de Brest, où seront créés en 2008 et 2010 Sous les visages et Notre besoin de consolation (en production déléguée avec l’Espace des Arts–scène nationale de Chalon-sur-Saône). Julie Berès profite alors de sa présence à Brest pour y implanter la compagnie Les Cambrioleurs. Cette association et la structuration administrative de la compagnie lui permettent en outre de développer sur le territoire breton, avec de nombreux intervenants, tout un éventail d’actions artistiques et pédagogiques en milieu scolaire et universitaire, auprès d’adultes amateurs ou à destination de populations exclues ; tout en créant également des synergies avec les milieux de la recherche, de l’éducation et de l’action sociale pour inscrire durablement la création artistique au cœur de la cité. Les discussions engagées avec les partenaires institutionnels aboutissent au rapide conventionnement des Cambrioleurs par la Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, en 2008. En 2011, la région Bretagne conventionne également la compagnie et la ville de Brest à partir de 2014. Par ailleurs, les projets de la compagnie seront soutenus par le conseil général du Finistère. Cet engagement des collectivités permet la mise en place d’une structuration pérenne pour la compagnie qui se poursuit aujourd’hui encore.

Entre 2008 et aujourd’hui, les spectacles de la compagnie Les Cambrioleurs rencontrent une diffusion en constante progression. Après Sous les visages, et Notre besoin de consolation, présentés au Théâtre de la Ville (Abbesses), la compagnie crée en 2010 Lendemains de fête à la MC2 de Grenoble (producteur délégué du spectacle). Entre 2013 et 2015, Julie Berès est artiste associée à la Comédie de Caen-CDN de Normandie où est créé Petit Eyolf. Dans la foulée de cette importante reconnaissance professionnelle, la compagnie Les Cambrioleurs est soutenue depuis 2016 par le ministère de la Culture et de la Communication au titre de l’aide à l’indépendance artistique. Cette même année, Julie Berès et son équipe reçoivent une invitation de l’Opéra National de Paris à venir mettre en scène une nouvelle production d’Orfeo de Monteverdi avec des jeunes talents lyriques et les Cris de Paris, à l’Opéra Bastille.

Le travail de Julie Berès résulte pour une grande part d’une « écriture de plateau » et met en jeu une forme de « dramaturgie plurielle ». Concrètement, chaque spectacle sollicite pleinement un travail de compagnie. Dans l’élaboration-même de ses créations, Julie Berès réunit autour d’elle différents collaborateurs. Suivant les cas, ce sont essentiellement des scénaristes, traducteurs, auteurs, dramaturges, qui sont mobilisés lors des premières pistes de réflexion et trames d’écriture, auxquels peuvent se joindre des réalisateurs d’images. Va ensuite se construire, tout au long d’un travail de répétitions qui nécessite des plages de temps consacrées à la recherche et aux improvisations, un canevas auquel participent les acteurs présents sur scène, mais aussi les scénographes, éclairagistes, vidéastes, créateurs son, qui sont amenés, sous la direction de Julie Berès, à prendre part à l’écriture des spectacles. La « compagnie » n’est donc pas simplement le cadre administratif de production et de diffusion des créations, mais ce n’est pas davantage une troupe permanente ni même un « collectif  » se consacrant au seul jeu d’acteurs. Plus qu’un « foyer », la compagnie Les Cambrioleurs est un pôle de création à géométrie variable, au sein duquel convergent des artistes issus de différents champs disciplinaires, qui viennent associer leurs techniques et langages respectifs. L’atelier initial, qui fut à l’origine de la compagnie Les Cambrioleurs en 2001, s’est depuis lors affiné, diversifié et enrichi. Mais c’est bien même ce même esprit de recherche et de croisement des formes, qui continue d’animer les mises en scène de Julie Berès.