Julie Berès
Née en 1972, Julie Berès passe la plupart de son enfance en Afrique. Lorsqu’elle arrive en France, à 18 ans, c’est avec l’intention d’y poursuivre des études de philosophie. Mais le Festival d’Avignon et la rencontre avec Ariane Mnouchkine en décident autrement. En 1997, elle intègre le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris.
Julie Berès fonde la compagnie Les Cambrioleurs en 2001. En réunissant des créateurs issus de différentes disciplines (auteur·ice·s, dramaturges, acteur·ice·s, danseur·euse·s, chorégraphes…), elle développe une écriture scénique singulière et performative.
Elle crée son premier spectacle Poudre ! en 2001 au Théâtre national de Chaillot, qui bénéficiera ensuite d’une diffusion généreuse. Dès ce premier spectacle, le ton est donné dans une mise en scène qui, comme l’écrit alors Libération, « mêle le féerique et le burlesque ». Suivent, dans une veine assez proche où les souvenirs absents ou défaillants composent les méandres d’un espace mental fantasmé, Ou le lapin me tuera en 2003 à la Biennale internationale de la Marionnette, e muet en 2004 créé au Théâtre national de Chaillot, ainsi que l’adaptation théâtrale en 2004 d’un roman de Christian Prigent, Grand-mère quéquette.
En 2005, le Théâtre Romain Rolland de Villejuif accueille Julie Ber§s comme artiste en compagnonnage pour trois ans.
En 2006, elle crée On n’est pas seul dans sa peau à l’Espace des Arts – scène nationale de Chalon-sur-Saône, qui l’invite à devenir artiste associée. Avec ce spectacle, qui aborde la question sensible du vieillissement et de la perte de mémoire, Julie Berès inaugure une méthode de travail qu’elle qualifie d’« immersion documentaire » : elle partage pendant quelque temps le quotidien de personnes âgées vivant en maison de retraite, et multiplie des entretiens préparatoires avec des médecins, gérontologues, sociologues… Les images scéniques qui résultent d’une écriture de plateau polyphonique construisent un canevas dramaturgique qu’il serait trop réducteur de qualifier de théâtre documentaire.
Ce principe d’immersion documentaire sera renouvelé en 2008 pour la création de Sous les visages, autour des pathologies liées à l’addiction, et en 2010, avec Notre besoin de consolation, qui évoque les enjeux contemporains de la bioéthique : Julie Berès ira jusqu’en Inde rencontrer des mères porteuses dans une clinique spécialisée, et au Danemark, le directeur d’une des plus grandes banques du sperme en Europe.
En 2007, Julie Berès est invitée à devenir artiste associée au Quartz – scène nationale de Brest.
Parallèlement, la compagnie s’implante à Brest, ce qui lui permet de développer tout un éventail d’actions artistiques et pédagogiques en milieu scolaire et universitaire, auprès d’adultes amateurs ou à destination de populations exclues ; tout en créant des synergies avec les milieux de la recherche, de l’éducation et de l’action sociale.
Julie Berès crée en 2013 Lendemains de fête à la MC2 de Grenoble et L’Or avec le faire, forme légère itinérante.
Parallèlement à sa façon singulière de documenter de grands thèmes sociétaux, qui ancrent la création théâtrale dans les problématiques de notre époque, Julie Berès a développé son goût pour une « dramaturgie plurielle », mêlant textes, scénographie, création sonore et vidéo, et une écriture scénique qui s’affranchit du réalisme, et restitue toute la part d’inconscient, de rêve, de fantasmes, qui hante nos vies.
À partir de 2013, elle est artiste associée à la Comédie de Caen – centre dramatique national.
En 2015, avec Petit Eyolf, d’Henrik Ibsen, elle parvient à faire ressortir l’inquiétante étrangeté du conte qui fut à la source de ce drame : « d’un bout à l’autre du spectacle, visions, au sens d’hallucinations, et images, en tant que représentations du réel, vont se côtoyer, s’influencer et guider le regard dans les profondeurs de la psyché » (Les Inrockuptibles).
En 2016, Julie Berès reçoit une invitation de l’Opéra national de Paris à mettre en scène Orfeo de Monteverdi avec des jeunes talents lyriques et les Cris de Paris, à l’Opéra Bastille.
En 2017 et sur l’invitation de Marie-José Malis, elle crée la pièce d’actualité Désobéir, coécrite avec les auteurs Alice Zeniter et Kevin Keiss, à la Commune – centre dramatique national d’Aubervilliers. Elle choisit d’y interroger des jeunes femmes issues de la première, seconde et troisième génération de l’immigration pour questionner chacune sur son lien à la famulle, la religion, l’avenir. « Une pièce magistrale qui parle sans tabou de religion et des rapports homme/femme » souligne Stéphane Capron. Pour faire entendre la façon dont elles empoignent leurs vies, dans un monde souvent violent où il faut lutter pour tracer sa route, chacune à sa manière témoigne d’un NON posé comme acte fondateur. Non aux volontés du père, non face aux injonctions de la société, de la tradition : « Une ode au courage d’être soi » – Le Parisien.
Soleil Blanc est créé en 2018. Croisant une fable inédite de Joël Jouanneau et un travail documentaire réalisé avec des enfants à partir des craintes planétaires liées au réchauffement climatique, il s’agit d’interroger notre rapport à la nature, par des questions simples et métaphysiques, et de parler d’écologie, loin de tout catastrophisme. Ce spectacle tous publics réinterroge notre rapport à la nature, à l’éducation et notre capacité d’émerveillement.
En 2021, Julie Berès devient artiste associée du projet du Théâtre Dijon-Bourgogne, dirigé par Maëlle Poésy.
La même année, Julie Berès crée La Tendresse à la Comédie de Reims : « Rien n’est jamais stable sur cette scène, tout comme la réception du public, oscillant entre rires et émotions. C’est bien la grande réussite de ce spectacle qui pose mille questions sans surligner les réponses » – Télérama. La Tendresse, pensée comme un diptyque de Désobéir et écrite en collaboration avec les auteurs Alice Zeniter et Kevin Keiss, contient une ligne souterraine qui agit comme un programme. Là où les filles de Désobéir devaient mentir aux autres pour s’affranchir des injonctions de la famille, de la société, de la tradition, les garçons de La Tendresse, eux, ont souvent dû se mentir à eux-mêmes pour se sentir appartenir « au groupe des hommes », pour correspondre à une certaine « fabrique du masculin ». « Toute la salle debout pour une standing ovation à la fin de La Tendresse (…) c’est dire l’adéquation entre le public et le spectacle de Julie Berès » – Les Inrocks
En 2023, Julie Berès devient artiste associée du projet de DSN-Dieppe Scène nationale, dirigé par Simon Fleury.
Éducations Sentimentales est conçue avec de jeunes acteurs en cours de formation. Cette forme légère pouvant jouer dans des établissements scolaires et des lieux non-dédiés au théâtre (gymnases, salles des fêtes, centres pénitentiaires…), a été créée en 2024 sur l’invitation du Théâtre Dijon-Bourgogne – centre dramatique national.
En 2025, Julie Berès a été invitée à nouveau avec les Théâtres de la Ville de Luxembourg à être marraine des projets de formations destinées aux jeunes créateur·ice·s des arts de la scène.
Enfin, son prochain spectacle ÉPOPÉES, 3e volet du triptyque après Désobéir et La Tendresse, également coécrit avec Kevin Keiss et Alice Zeniter, sera créé en mars 2027 au Théâtre de Cornouaille, scène nationale de Quimper. Julie Berès poursuit son questionnement sur la jeunesse et ses capacités de réinvention et de révolte. Elle est allée à la rencontre de jeunes femmes et hommes venant d’Afghanistan, de Palestine, de Russie et d’Iran, qui chacun·e à leur manière, ont choisi la désobéissance civile pour s’opposer au régime d’injustice de leur pays d’origine. Iels ont tout abandonné pour venir en France et être libres d’apprendre à lire, de parler, chanter, danser… Iels sont aujourd’hui réfugié·e·s politiques. Elle poursuit au plateau la recherche d’un théâtre puissammment performatif où l’intime se mêle à l’éminemment politique, qui puisse armer à l’espoir.
Depuis la création de la compagnie, les spectacles de Julie Berès rencontrent une diffusion en constante progression. Le rayonnement de la compagnie s’inscrit dans le réseau labellisé français des théâtres nationaux, centres dramatiques nationaux, scènes nationales et scènes conventionnées, théâtres municipaux, et également à l’international, notamment en Suisse, Belgique, Canada ou Luxembourg…
Au fil des années, Julie Berès a développé de nombreux partenariats et fidélités, notamment à Paris avec le Théâtre de la Ville, le Théâtre de la Cité Internationale, le Théâtre du ROnd-Point, et également avec le Théâtre Gérard Philipe – centre dramatique national, le Théâtre des Bouffes du Nord, l’Établissement public du Parc et de la Grande Halle de la Villette, le Théâtre de la Concorde, et le Théâtre Nanterre-Amandiers – centre dramatique national.
La compagnie est conventionnée depuis 2010 par le ministère de la Culture / DRAC Bretagne. Elle est également conventionnée par la Région Bretagne, la Ville de Brest, et soutenue pour ses projet par le Conseil départemental du Finistère.
Véritable pôle de création à géométrie variable, la compagnie invite depuis plus de vingt ans des artistes divers à associer leurs techniques et langages respectifs. L’impulsion initiale qui fut à l’origine de la compagnie en 2001 s’est affinée, diversifiée et enrichie. Mais c’est ce même esprit de recherche et de croisement des formes qui continue d’animer les mises en scène de Julie Berès.
À lire : « Julie Berès », un dossier d’Olivia Burton, sur Artcena, publié le 27 avril 2022