
Cathy Blisson /22 octobre 2008
Le stress et les paillettes – spectacle *** Julie Bérès dessine un enfer moderne, désincarné et clinquant. Des images fortes plutôt que de longs discours.
Un interprète au service de Julie Bérès n’en a pas toujours pour son ego. Car la metteuse en scène demande bien souvent aux comédiens qui participent à ses créations (par improvisations cumulées) de réprimer leurs pulsions textuelles, d’élaguer le verbe pour lui substituer de plus évocateurs tableaux visuels. Elle a ça dans le regard une aptitude à imaginer des paysages que la raison ignore. Et c’est ce qui se passe dès les premières secondes de « Sous les visages ». Dans la pénombre, des formes enflent sous un sol oblique et mouvant, tandis que des silhouettes apparaissent comme suspendues en fond de scène. Des ombres en costumes trois pièces apparaissent et disparaissent, comme entrainées par un tapis roulant, proférant des bouts de phrases dans un jargon emprunté à l’entreprise. Une femme se fait licencier sans ménagement. Les abîmes dans lesquels elle va plonger seront parfaitement en rapport avec l’inclinaison du décor. On y plonge avec elle d’ailleurs, mus par l’obsession de saisir l’impalpable déséquilibre. Devant sa télé et ses défilés d’animateurs à la vulgarité clinquante, notre héroïne de la précarité bascule dans un monde imaginaire où elle partagerait leurs paillettes. Toute la schizophrénie des temps présents apparaît alors, dans la figure de l’isolée qui se dédouble littéralement sur scène, rampe sur les sables mouvants de sa solitude, rit ailleurs à la frontière de l’hystérie dans un dîner de cyniques encravatés. La fantasmagorie vire au burlesque avec un texte qui perd de son mystère. Mais nous voilà rattrapés par les jeux de l’illusion et de la confusion, alimentés tantôt par des interprètes à moitié camouflés sous des pans de lycra, tantôt par des manipulateurs faisant surgir des bouts de corps d’un plateau à double fond. C’est sûr qu’ils n’en ont pas pour leur ego, les interprètes de Julie Bérès. Mais les images qu’ils parviennent à créer, imprimant la rétine et tenant les méninges en haleine sont toutes à leur honneur.