En amont des répétitions, Les Cambrioleurs créent des ponts avec des chercheurs spécialisés dans différents domaines (sociologues, gérontologues, généticiens) et nouent ainsi des liens avec le milieu scientifique afin d’ancrer l’art dramatique dans les problématiques de notre époque.
En effet avant l’entrée en répétitions de On n’est pas seul dans sa peau, où Julie Bérès souhaitait évoquer les questions du vieillissement et de la perte de mémoire, ils ont mis en place un partenariat avec une association bisontine constituée de gérontologues et sociologues, nommée Le chemin des auteurs .
Les rencontres et échanges avec ces spécialistes ont nourris les membres de l’équipe de création, et ont largement approfondi leurs connaissances notamment sur la question de la pathologie Alzheimer. Elles ont déplacé leur regard sur la place des personnes âgées dans nos sociétés modernes, occidentales. Par ailleurs durant les tournées de On n’est pas seul dans sa peau, ces chercheurs ont aussi animé des débats à la suite des représentations.
Sous les visages met en jeu une autre forme de prise sur le réel. L’équipe dramaturgique a rencontré des chercheurs comme le docteur Lovenstein, auteur de La clinique du toxicomane, clinique où l’on soigne toutes sortes d’addictions. Elle s’est plus particulièrement intéressée à l’addiction au travail qui ne cesse de se développer aujourd’hui.
Par ailleurs des responsables de ressources humaines comme Véronique Archambeau, leur ont permis de se familiariser avec les nouvelles techniques de « management ».
Pour appréhender le réel des temps d’immersion "documentaire"
Pour le spectacle On n’est pas seul dans sa peau Elsa Dourdet, scénariste, Christian Archambeau, vidéaste et Julie Bérès se sont immergés pendant 1 mois dans le quotidien d’ une maison de retraite y rencontrant et filmant des femmes atteintes par la maladie d’Alzheimer. Cette immersion a fait naître la réalisation d’un documentaire dans lequel des femmes âgées racontent ce qu’elles éprouvent comme sentiment d’humiliation en maison de retraite. On y ressent la difficulté de vieillir en Occident où le regard que l’on porte sur les personnes âgées est très dévalorisant. Ces femmes confient aussi de façon sensible leur peur de mourir. Ce documentaire est intégré dans le spectacle On n’est pas seul dans sa peau.
Pour Sous les visages Julie Bérès et Elsa Dourdet ont pu interviewer au centre de soins Marmottan des victimes d’addictions diverses (travail, drogues, sexualités, travail). A partir des paroles, des images et des sons ainsi collectés elles ont élaboré une dramaturgie et constitué un scénario en collaboration avec Nicolas Richard et David Wahl.
Pour sa dernière création Notre besoin de consolation en 2010 traitant de la bioéthique, Julie Berès a rencontré et filmé des mères porteuses dans une clinique spécialisée en Inde et recueilli le témoignage du directeur d’une des plus grandes banques de sperme d’Europe, située au Danemark. Ces deux documentaires font partie intégrante du spectacle.
Pour le projet "Maeziou", dans la lignée de ses expériences documentaires, Julie Berès a souhaité initier en colaboration avec Thomas Cloarec un travail d’immersion auprès de populations en milieu rural, particulièrement dans les monts d’Arrée, qui a donné lieu à une collecte de témoignages filmés auprès de familles de Plouméour-Menez.
A partir de ce film, Julie Berès a proposé la création d’une petite forme théâtrale pour prolonger ce questionnement sur la ruralité.
Ecritures
« Je considère que l’écriture textuelle participe d’un processus scénique global. En effet, je n’adapte pas à la scène un texte existant, fût-il d’un auteur vivant. Si je décide des partis pris de mise en scène, notre démarche d’écriture résulte d’une pratique collégiale. En effet je fais appel à d’autres compétences que la mienne. J’ai ainsi choisi, de continuer à collaborer avec Elsa Dourdet, scénariste, et d’associer à Sous les visages Nicolas Richard (auteur) et David Wahl (dramaturge). Ils interviennent comme « canevistes », travaillant les enchaînements des actions et la porosité des différents ingrédients scéniques : scénographie, vidéo, son,lumière. Ensemble, nous construisons un synopsis, que nous alimentons ensuite par des textes fragmentaires que nous soumettons aux interprètes et à l’expérimentation du plateau. Ici, ce n’est pas l’action qui soutient le texte, mais le texte qui soutient l’action. Je n’oppose pas un « théâtre visuel » à un « théâtre de texte ». Je tente de lier des éléments polysémiques, où le texte apporte des éléments de sens sans en être le seul dépositaire. Dans mes précédentes créations, l’écriture provenait pour une large part d’un travail d’immersion documentaire. Ainsi, un séjour d’un mois en maison de retraite a précédé la réalisation de On n’est pas seul dans sa peau, où je souhaitais évoquer les questions du vieillissement et de la perte de mémoire.Les textes de cette pièce, monologues et dialogues étaient issus pour la plupart d’un travail de collecte et de transformation. L’écriture textuelle se constitue par strates, au fil d’une dynamique de répétitions que nous étalons dans la durée. En effet le texte s’écrit, dans un aller-retour entre l’exploration sensible des différents matériaux textuels, des ateliers d’improvisation au plateau, et l’élaboration in fine d’une écriture scénique qui produit le sens d’un imaginaire partagé. » (Julie Bérès)